Ghost in the Shell… Un nom maintenant bien connu de tous les fans (et moins fans) d'animes. Plébiscité par la critique, félicité par James Cameron lui-même, ce film a acquis une notoriété qui a supporté les outrages du temps. Mais voilà que la relève arrive, avec Stand Alone Complex, série qui retrace les enquêtes du Major Kusanagi au sein de la section 9 (avant Ghost in the Shell ? Ou est-ce une version alternative ?).
D'emblée, on peut dire que l'exercice avait quelque chose de périlleux. Comme toujours, comment broder sur un mythe, sans le trahir et se faire lyncher par une bande d'otaku déchaînés ? Un pari que Kenji Kamiyama a décidé de relever. Entouré d'une équipe prestigieuse (Masamune Shirow himself au scénario, Yoko Kanno à la musique), et soutenu par un budget des plus confortables, il s'est lancé dans l'aventure. Qu'en ressort-il ? Première impression, après le visionnage de 7 épisodes…
Aaah, Kusanagi, toujours aussi en forme(s)… admirez l'élégance vestimentaire !
HACKEURS DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS
Un futur proche (les années 2030-2040), a vu simultanément, l'expansion d'Internet et le développement de la cybernétique. Il n'est à présent pas rare que des individus se fassent remplacer tout ou une partie de leur corps par des éléments artificiels. Cela est le cas de Kusangi, Major de l'armée japonaise et affectée à la mystérieuse section 9. Ce bureau est spécialisé dans l'espionnage et le contre-espionnage dans les plus hautes sphères de la société. En gros, il s'agit de la section à laquelle l'on s'adresse quand plus rien d'autre ne peut aboutir. Kusanagi a sous ses ordres cinq hommes, dont un seul, Togusa, n'a pas subit de modification physique : entendez par là que tout son corps est d'origine. Les autres (dont le fameux Batou, présent dans le film Ghost in the Shell), sont tous plus ou moins " modifiés ", ce qui leur permet des prouesses physiques assez exceptionnelles.
Et ces talents ne sont pas de trop pour affronter les criminels, pirates informatiques et virus de tout poil qui agressent cette charmante société. Seulement bien sûr, à toujours fouiner dans des affaires pas très propres, on fini par découvrir des vérités assez dérangeantes pour pas mal de sommités… Ce qui force la Section 9 à travailler avec énormément de doigté, sous la direction de leur chef suprême, amicalement appelé " l'homme-singe " (et qui apparaît également dans le film).
Ghost in the Shell : Stand Alone Complex (ou GITS : SAC, si vous êtes fan des abréviations), retrace plusieurs enquêtes, souvent bouclées en un seul épisode. Cependant, en arrière-plan, plane la menace d'un ennemi inconnu, connu sous le nom de Laughing Man (l'homme qui rie), qui se livre à un éprouvant jeu de cache-cache avec les autorités, tout en piratant les cerveaux électroniques de nombreux citoyens, afin de déstabiliser le gouvernement en place. Pour l'instant (épisode 7, je le rappelle), celui-ci ne se contente que de quelques apparitions, s'évanouissant ensuite dans la nature.
Togusa, l'humain incorruptible et Batou le bourrin ^^.
CYBER BABY-DOLL
Si, comme on l'a vu, l'intrigue semble fragmentaire, Stand Alone Complex forme un tout bien construit. Le spectateur déboule in medias res, droit au beau milieu de l'action. On a du mal à retenir tous les noms, les visages qui se bousculent à l'écran. Toutefois, au fur et à mesure, les choses se mettent en place. La section 9, et ses membres, aux allures de mercenaires, le cyber-hacking, le petit (et volubile) char qui accompagne Kusanagi dans chacune de ses missions… La mise en place du décor et la personnalité des héros semblent aussi important pour Hamiyama que les enquêtes en elles-même. Chaque séquence consacré à un personnage annonce un changement de ton dans l'épisode : avec Kusanagi, on a le droit à des scènes d'infiltration et de combat décoiffantes. Batou donne plutôt dans le bourrinage. Togusa, lui, incarne l'enquêteur au sens conventionnel du terme. Et les magouilles politiques sont toujours prises en main par le chef suprême de la section 9. Toutefois, les membres du bureau travaillant ensemble, ces séquences s'enchaînent continuellement. Premier tour de force : jamais l'action ne devient confuse, passé le léger vertige du premier épisode. Il suffit de suivre les personnages qui, reconnaissons-le, deviennent diablement charismatique avec le temps. Le chara-design y est pour beaucoup. Les personnages sont tout à la fois extrêmement classiques dans leur apparence, mais ont un petit je-ne-sais-quoi qui les rend absolument uniques. A ce sujet, je voudrais toutefois émettre une petite critique au sujet du design de Kusanagi, presque parfait à l'exception d'un détail gênant : sa tenue vestimentaire : la faire se promener dans la rue vêtue d'un blouson de cuir, d'un maillot de bain et de trucs ressemblant à des bas de laine, je trouve ça un peu limite. On peut rendre un personnages sexy sans qu'il soit ridicule ^^. En ce qui concerne le personnage en lui-même, il faut reconnaître que le Major Kusanagi est assez différente du film Ghost in the Shell : ici, on nous présente une jeune femme beaucoup plus détendue, qui gère très efficacement ses troupes. Toutefois, quelques séquences nous laissent entrevoir un personnage un peu plus complexe que ce qu'il apparaît tout d'abord.
Il est également louable que l'on ne présente pas les personnages tout d'un bloc. C'est à travers différentes petites touches que l'on cerne un peu mieux les membres de la section 9. Ainsi, une scène de quelques secondes nous apprend que Togusa est marié ou que Kusanagi vit dans un luxueux appartement avec de hum hum… charmantes colocataires. A ce sujet, il est clair que Stand Alone Complex s'adresse principalement à un public masculin, les dessinateurs ne manquant jamais de rajouter de jolies jeunes filles là où ils le peuvent. Un peu dommage car l'anime y perd en crédibilité, mais il n'y a pas trop d'abus tout de même.
Il apparaît également clairement que la série cherche à se démarquer des canons des animes d'action classique. En effet, on échappe très souvent au rythme : mort - enquête - scène d'action -arrestation du méchant. Même si ces éléments sont présents la plupart du temps, ils arrivent dans un ordre légèrement différent et il n'est pas rare que le coupable soit démasqué simplement grâce aux déduction des membres de la section 9.
Ce robot bavard se révèle un allié très précieux pour Kusanagi.
ENTER THE MATRIX…
Bien entendu, un univers aussi particulier et aussi prestigieux que celui de Ghost in the Shell demandait un sacré effort du côté technique. Globalement, c'est plutôt réussi. Le générique (à partir du 3e épisode) montre bien l'effort technique que l'équipe était prête à fournir. Les mouvements des personnages sont extrêmement fluides, en particulier dans les scènes d'action. Bizarrement, c'est au niveau des démarches " normales " des personnages que l'animation pêche un peu, comme dans Hellsing. Rien de rédhibitoire toutefois.
Sans doute pour coller à l'ambiance futuriste de la série, les producteurs ont jugé bon de faire appel à de l'animation 3D dans certaines scènes, ce qui se révèle un pari gagnant. L'équipe technique n'en n'a pas abusé, la réservant à des scènes d'action ou de poursuite, ce qui est une très bonne chose. Bref, assez peu de reproches à faire du côté graphique, si ce n'est les visages et les postures qui, s'ils peuvent se révéler criant de réalisme, souffre parfois d'une légère négligence. Une fois de plus, rien d'impardonnable.
Quant à la musique… Eh bien, je ne vais pas refaire la géniale critique de l'OST (dont quelqu'un s'est déjà fort bien chargé). Il me faut toutefois souligner qu'elle est extrêmement bien employée, et parfois de façon surprenante. Il arrive parfois que des scènes de combat soient accompagnés de thèmes très calmes : sur ce point, on n'est pas très loin du film. Yoko Kanno a toutefois bien négocié les choses en ne cherchant pas à copier la bande-son de Kenji Kawai : les deux versions de Ghost in the Shell se différencient ainsi un peu plus.
Sans être révolutionnaire au niveau de la technique (chose que pas mal de fans espéraient, tout de même), Stand Alone Complex se révèle cependant extrêmement bien fichu sur tous les points, les baisses de qualité n'étant qu'anecdotiques. Félicitations au passage pour le design des méchas (qui n'est pourtant pas une chose que je remarque souvent), extrêmement réussi. Les héros, eux, n'ont pas l'air de X-men malgré leurs talents particulier et c'est tant mieux : le côté quotidien, et humain des personnages en est renforcé.
La section 9 et son chef…
WHERE DOES THIS OCEAN GO ?
Même si je ne suis pas sorti de ce visionnage de Stand Alone Complex complètement bouleversé, je ne vais pas non plus bouder mon plaisir : cette série est extrêmement agréable à regarder, se démarquant agréablement du film, tout en maintenant une cohérence certaine avec celui-ci. Si l'anime se prolonge en maintenant cette qualité technique et en prolongeant l'intrigue du Laughing Man (ce qui semble être le cas), on ne peut qu'espérer le meilleur. Stand Alone Complex s'adresse donc autant aux aficionados de Masamune Shirow qu'aux néophytes et même à ceux qui auraient pu être rebutés par le côté un peu ésotérique du film. La seule difficulté réside peut-être dans le changement de repères : ici, les virus remplacent bien souvent les mitrailleuses, et un grand criminel peut très bien être un particulier tapotant sur son ordinateur. Mais une fois les repères pris, l'histoire peut se développer et prendre tout son intérêt.
Action, suspens, quelques instants d'émotion très bien rendus, et une galerie de personnages très attachants : une série qui dégage un énorme potentiel, donc… Pour ma part, je vais donc continuer à suivre les aventures du Major Kusanagi et de ses troupes. Rendez-vous dans quelques épisodes, pour un jugement définitif…