Le pays de cette chère Elisabeth II doit être le mieux protégé du monde. Entre James Bond, John Steed et Emma Peel ou encore l'institution Hellsing, le peuple britannique peut dormir tranquille. Et au cas où tous ces joyeux drilles seraient indisponibles, il reste toujours un recours : la Grande Bibliothèque britannique. En effet, ce monument culturel abrite une agence ultra-secrète aux méthodes pour le moins originales. Les membres de cette prestigieuse organisation vont avoir à lutter contre des ennemis au moins aussi étranges qu'eux…
Les 3 petites OAV qui composent Read or Die relatent donc les aventures de trois agents de la Grande Bibliothèque, dans une ambiance aussi sympathique que déjantée, avec cependant pas mal de moments forts. Toujours prêt à passer un bon moment, je me suis penché sans aucun a priori sur cette série… Passage à la loupe de héros vraiment pas comme les autres.
Nos deux héroïnes en pleine action : Miss Deep et The Paper (affectueusement surnommées " Miss Mamelles " et " L'intello " par certains ^^).
AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE
Yomiko Readman est un drôle de petit brin de femme. Mal fagotée, traînant un énorme caddie derrière elle, planant à quatre mille pieds au-dessus du sol, sa passion (son obsession ?) réside dans la lecture. Toutes ses économies passent dans l'achat de bouquins d'occasion qui s'accumulent dans un appartement qui semble ignorer l'existence de l'aspirateur. Officiellement, Yomiko est professeur de lettres remplaçant (je n'ose imaginer l'ambiance en cours). Toutefois, elle possède un autre emploi, légèrement moins banal : Mlle Readman est un agent secret de la Grande Bibliothèque de Londres, connue sous le nom de code " The Paper " (" De païpa " en japonais ^^) . En effet, la jeune fille possède un pouvoir étrange : elle est capable de manipuler le papier comme elle le veut, de lui donner la forme, la consistance et le poids qu'elle désire. Talent assez peu classique mais finalement très utile.
Tout commence alors que Yomiko vient, ô surprise, d'acquérir un nouveau livre, Die unsterbliche Liebe (L'Amour immortel pour les bienheureux non germanistes). En sortant de la librairie, elle est agressée par un vieillard juché sur une sauterelle géante, qui semble contrôler les insectes. Yomiko parvient à le mettre en fuite. Son supérieur à la Grande Bibliothèque, Mr Joker, lui apprend que, depuis peu, de mystérieux ennemis semblent à la recherche d'ouvrages anciens, dont celui acquis par Yomiko. Petit détail amusant : tous ces gens sont des clones de génies scientifiques ou même de personnages mythologiques. Le but de la Grande Bibliothèque est d'en apprendre plus sur ces vols et de récupérer les manuscrits dérobés. Sous l'égide du chef suprême de la Grande Bibliothèque, Mr Gentleman, la jeune agente est chargée de l'affaire. Deux équipiers l'accompagnent : Drake, un soldat fort en gueule et terriblement superstitieux, et la sulfureuse Miss Deep (prononcer " Missu Dipu "), une sorte d'amazone à la poitrine plus qu'opulente (^^), qui, tout comme Yomiko, possède un talent étonnant : elle est capable de se dématérialiser. La fine équipe se lance donc à la poursuite des clones, les Ijins, dont le savoir et les talents n'ont rien à envier à ceux de Yomiko et de Miss Deep. L'enquête va mener les trois partenaires à New York ou encore en Inde avant de découvrir ce qui se trame derrière ces vols.
Malgré ses ronchonnements incessants, Drake se révélera un équipier précieux pour Yomiko.
MISS DEEP, WE'RE NEEDED
Premier constat lorsque l'on découvre Read or Die : cette série d'OAV est bourrée de clins d'œil à des séries du même genre. Ce n'est pas innocemment que je citais James Bond : l'excellent générique de la série le rappelle fortement. Mais ici, pas besoin de gadgets : les pouvoirs des deux héroïnes suffisent amplement à se sortir des pires ennuis. Ces " pouvoirs " ont d'ailleurs été très judicieusement choisis : enfin un peu d'originalité dans les scènes d'action ! (on applaudira au passage la superbe poursuite de l'un des Ijins par Yomiko et Miss Deep embarquées dans… un avion en papier !) Cependant, le parallèle avec The Avengers (Chapeau Melon et Bottes de Cuirs) est encore plus flagrant : le couple d'héroïnes tout d'abord. Si une comparaison entre Steed et Yomiko est un peu hasardeux (encore que celle-ci ne semble pas ignorer le flegme britannique), on peut difficilement ne pas voir la ressemblance entre Miss Deep et Mrs Peel : même côté un peu énigmatique, même allure énergique… Même la tenue des deux agentes présente des similitudes. Qui plus est, l'ambiance un peu décalée et elle aussi au rendez-vous : des décors étranges, des ambiances complètement abracadabrantes : en témoigne ce passage en Inde où The Paper et Miss Deep affrontent un Ijin dans une cité engloutie, environnées par deux murs d'eau, ou encore le nom des chefs de la Grande Bibliothèque, qui ne sont pas sans rappeler Mère-Grand…
Toutefois, Read or Die n'est bien entendu pas une simple copie de The Avengers version anime, loin de là. En effet, plus que ses semblables, la série se centre sur les relations entre personnages, en particulier entre Yomiko et Miss Deep, bien entendu. De nombreuses scènes de dialogue entre les deux partenaires agissent non seulement comme une pause entre les très nombreuses scènes d'action de l'intrigue, mais permettent de donner une dimension un peu plus humaine à l'histoire, ce qui donne à Read or Die une petite touche émouvante qui le différencie des œuvres précédemment citées. Un très gros effort a été réalisé pour rendre les personnages attachants, en leur attribuant nombre de petites manies et en développant leur caractère au maximum.
Si, au début de Read or Die, Yomiko semble un personnage un peu simpliste obsédée par son cher bouquin (en témoigne la scène où elle se cramponne à l'astronef de l'un des Ijins en réclamant avec la plus exquise politesse " Pourriez-vous avoir l'obligeance de me rendre mon livre, je vous prie ? "), les deux OAV suivantes en font un personnage beaucoup plus contrasté. Il est également intéressant d'avoir représenté le quotidien de la jeune fille, avec ces visions de son appartement, remplis de post-it lui rappelant d'éteindre la lumière, de fermer la porte à clé ou même de manger (pas une mauvaise idée, ce système ^^)
Quant à Miss Deep, elle reste un mystère dont les motivations et le passé vont peu à peu être révélés au cours de l'OAV, ce qui permet de construire une intrigue parallèle fort intéressante, dont le dénouement laisse pantelant.
Les personnages secondaires, n'ont pas été négligés non plus. Drake, l'équipier des deux jeunes filles, apporte le côté grognon et comique permettant de détendre l'atmosphère dans les pires moments. Quant à Joker et Gentleman, les deux hommes à la tête de la Grande Bibliothèque, ils contribuent à cette ambiance doucement anachronique toujours présente dans Read or Die (qui a amené pas mal de commentateurs à se demander quand se passe réellement l'intrigue) : Joker est le lord anglais dans toute sa splendeur qui, au pire moment de l'histoire, demande à sa secrétaire une tasse de thé chaud. Quant à Gentleman, on nous le représente comme une créature étrange, cloué dans son fauteuil roulant, portant un étrange appareil visuel, et entouré de machines qui ne sont pas sans rappeler les œuvres de Jules Vernes.
Miss Deep dans son grand numéro du passe-muraille !
BAD GUYS
En ce qui concerne les ennemis de Yomiko et Miss Deep, j'émettrai un peu plus de réserves. Je les ai tout d'abord trouvé un peu classiques, disposant de pouvoir plus conventionnels (maîtrise de l'électricité, des insectes…). Qui plus est, si certains des clones sont des figures relativement connues des Européens (il est tout de même assez délirant de voir Yomiko lutter contre le botaniste Jean-Henri Fabre), les réalisateurs n'ont pas échappé à la tentation d'inclure des héros typiquement nippons qui, s'ils doivent produire un effet impressionnant sur le publique japonais, tombent un peu à plat ailleurs. Défaut mineur, certes, mais qui a son importance. Qui plus est, certaines questions (une en particulier), sont laissées en suspens à la fin de l'OAV. Peut-être s'agit-il d'une volonté de laisser la porte ouverte à une suite de Read or Die (Read or Dream, un nouveau volet, est déjà en cours de réalisation à ce qu'il me semble) mais on a davantage l'impression d'une petite négligence scénaristique. Malgré tout, certains Ijins restent tout de même très réussis, mention spéciale à Mata-Hari, délicieuse d'ambiguïté.
Ces réserves n'entachent d'ailleurs en rien l'intérêt des confrontations entres les héros et leurs ennemis. Les combats sont d'ailleurs plus souvent gagnés à force d'ingéniosité que grâce à des prouesses physiques surnaturelles. Les talents de certains Ijins sont tels que, bien souvent, les pouvoirs de Yomiko et de Miss Deep ne sont pas suffisants. Les victoires les plus éclatantes des deux héroïnes reposent donc le plus souvent sur le bon vieux système D, ce qui ne fait qu'accroître leur mérite. De plus, on a moins l'impression d'observer des super-héros, ce qui renforce la proximité du spectateur avec les personnages. A l'inverse d'un James Bond, il est rare que Yomiko s'en sorte les vêtements impeccables, se présentant comme une fleur pour faire son rapport, ce qui différencie également Read or Die de ses sources d'inspirations. Malgré des méchants qui n'évoqueront donc pas forcément grand chose au spectateur, les confrontations restent donc de grands moments, en particulier le " combat " final.
Deux des affreux Ijins qui causeront bien des problèmes aux héroïnes.
READ AND DREAM
Techniquement, il y a très peu de reproches, voire aucun, à faire à Read or Die. Le design des personnages est très bien fichu, à la fois simple et détaillé (il m'a un peu rappelé celui de Noir). L'animation est également à la hauteur, même dans les scènes où on l'attend au tournant, comme lors de cette poursuite aérienne au-dessus de New York par exemple. Cela rend la série extrêmement dynamique et on se surprend à sauter sur son siège tandis que Yomiko et Miss Deep foncent à grande vitesse sur un immeuble. La bande sonore remplit également parfaitement son contrat, même si elle n'est pas extrêmement fournie. Le compositeur (qui a apparemment crée les musique de l'OST de l'OAV de Kenshin) a su alterner les morceaux calmes, et parfois mélancoliques (le thème joué pendant que Yomiko fait ses courses n'est pas sans rappeler Michel Legrand et ses Demoiselles de Rochefort) et les mélodies beaucoup plus rythmées : le générique restera à mon avis dans les annales. En bref, la réalisation technique sert très efficacement l'histoire, en créant un univers à la fois quotidien et décalé, ce qui donne sa marque de fabrique à Read or Die et le démarque des productions nipponnes ultérieures.
Non, non, vous ne rêvez pas… Cette poursuite démente se fait à bord d'un avion en papier… Même James Bond n'oserait pas !
FICHE DE LECTURE
Read or Die est donc une OAV éminemment sympathique, qui a, heureusement, bénéficié d'une réalisation très soignée et bien léchée ainsi que d'une bonne dose d'inventivité. Tout cela constitue un cocktail diantrement efficace qui suffit à effacer les quelques défauts de la production. Qui plus est, les réalisateurs de cette OAV ont réalisé la prouesse de créer, en une petite heure et demie, un univers absolument unique et très fouillé, ce qui ouvre la porte vers de nombreuses suites. En effet, Read or Die est présentée comme l'une des très nombreuses missions de Yomiko. Il est d'ailleurs réjouissant de voir un personnage de cet acabit, généralement condamné aux seconds rôles dans les autres animes, occuper le devant de la scène aux côtés d'une femme forte, plus classique, mais tout aussi passionnante au niveau du background. Je ne sais absolument pas à quoi ressemble le manga d'où sont tirées ces OAV, et je ne peux donc donner mon avis que sur celles-ci : il s'agit sans conteste d'une production à découvrir, assez légère pour ceux qui ne cherchent qu'à passer un bon moment, mais également assez profonde pour supporter une deuxième vision.
Et pour couronner le tout, vous pouvez trouver sur Kazaa et autres services du genre une version sous-titrée français pour les non anglicistes. Alors pourquoi s'en priver ?
Une excellente OAV, une bande-sonore agréable, et surtout des héroïnes charismatiques au possible ; la Grande-Bretagne n'a aucun souci à se faire : The Paper et Miss Deep veillent !
Sous ses dehors innocents, Yomiko ne se laisse pas faire, et surtout pas par une sauterelle géante ! Non mais !