Note de début d'article : Attention, comme ça fait longtemps que je n'ai pas écrit d'article et que la série est assez spéciale, l'article est à l'image de l'anime, à savoir bordélique et décousu. Le début de l'article, notamment, peut prêter à confusion, aussi je préfère le dire tout de suite : Melody of Oblivion n'est pas nul, c'est même complètement l'inverse !
Il parait que les animes sont parfois victimes de certains clichés et autres lieux communs qui viennent leur empoisonner la vie. Il parait même que certains studios se soient spécialisés dans ce genre de reprises reprenant encore et toujours les mêmes thèmes, les mêmes procédés allant même jusqu'à repomper les mêmes types de personnages jusqu'à la nausée.
Mais je vous vois venir concernant ces rumeurs : rien de tout cela n'existe et, si certains animes ressemblent à d'autres, c'est simplement parce que, et c'est bien connu, on ne peut pas toujours innover. Certes. Mais bon, vous n'en n'avez pas marre, quand même, de retrouver des clones d'Evangelion, Cowboy Bebop et autres Gundam, Maccros, Escaflowne ? J'en étais sûr…
Heureusement pour nous, quelques studios conservent leur originalité, même si cela veut parfois dire oublier le grand public et donc, par conséquent, réaliser des séries qui ne passionneront pas les foules. Evidemment, à MangasLand, ce sont ces séries là qui nous intéressent surtout, ça doit faire partie de notre vision élitiste de la japanimation car nous sommes bien le Télérama du web !
Mais revenons à nos vaches ; les studios dont je parlais plus haut, ils s'appellent parfois Bones (même si tout n'est pas parfait chez Bones), Bee Train ou encore J.C. Staff. C'est d'ailleurs ce studio-ci qui nous intéressera aujourd'hui puisque, en plus d'avoir produit des perles comme Utena ou Excel Saga, J.C. Staff est aussi responsable de cet anime au nom mystérieux : Melody of Oblivion. Mais au fait, c'est quoi Melody of Oblivion ?

Evidemment, c'est par une rencontre que tout commence...
Au 20ème siècle, la guerre…
A priori, le monde de Melody of Oblivion est le notre. L'intrigue se déroule dans un futur pas vraiment déterminé, théâtre d'affrontements perpétuels entre les guerriers Meros (les gentils =) ) et les Monstres (les méchants =( ). Pourtant, comme nous le rappelle la charmante voix d'une mystérieuse jeune fille à chaque début de " cycle " d'épisodes (j'y reviendrais), les humains ont déjà perdu la guerre contre les Monstres durant la " guerre du vingtième siècle ". Les Monstres dominent ainsi le monde, se payant le luxe de se faire servir par des humains fanatisés, réunis en une organisation : la Monster Union. C'est là que l'on retrouvera une grande partie des " méchants " de la série, qui n'ont qu'un seul but : servir les Monstres et leur apporter des enfants en sacrifice régulier. Et oui, car les monstres mangent les enfants. Pour leur faire face, seul un groupe limité de rebelles s'oppose à eux, il s'agit donc des guerriers Meros.
Jusque là, rien de bien original mais ce n'est que le début. Et, au début, on découvre aussi le héros, Bocca Serenade qui, soyons franc, n'a rien d'original du tout. Comme dans tout bon anime, notre brave héros rencontre un guerrier valeureux qu'il prend pour modèle et prend lui-même conscience de sa force et de sa volonté de se battre. Ajoutez à cela un beau tatouage runique sur l'épaule et une appellation d'élu et votre histoire est lancée, c'est aussi simple que ça.
Mais on ne devient pas guerrier Meros comme ça, non, non. Il faut d'abord voir la " mélodie de l'oubli ", jeune fille mystérieuse et fantomatique qui vous donne les pouvoirs du guerrier : la marque sur le corps qui vous permet de lancer des flèches magiques (car les guerriers Meros se battent avec des arcs et des flèches).
Ai-je oublié quelque chose ? Ah oui ! Les robots ! Car on n'a pas de bon anime sans robot ! Et Melody of Oblivion comporte également ses propres robots, heureusement. Il ne s'agit quand même pas de robots géants à la Evangelion ou Rahxephon, non, mais plutôt de motos intelligentes au design high-tech avec des têtes de chevaux. Ca donne envie, n'est-ce pas ? Et bien figure-vous que oui, ça donne envie, parce que Melody of Oblivion, c'est tout simplement génial ! Pourquoi ? La suite quelques lignes en dessous…

Le héros à la coiffure ridicule et celle qui le suit partout... souvent dénudée !
Dans la lignée d'Utena et Excel Saga
Le point fort de cet anime est en fait tout simple, et suit de façon logique ses prédécesseurs chez J.C. Staff : Melody of Oblivion ne se prend pas du tout au sérieux. Ici, pas de longs monologues pédants et prétentieux à la Evangelion, pas de philosophie du pauvre, pas de psychologie à deux balles et pas de morale à la mors moi le nœud, non, non, rien de tout cela ; rien qu'une histoire agréables et rigolote truffée de références à d'autres productions nippones plus ou moins connues (en vrac Sailor Moon, Dragon Ball ou Utena). On passe donc de très bons moments devant Melody of Oblivion, sans prises de têtes si on n'a pas envie d'interpréter tout ce qui bouge.
C'est d'ailleurs là que réside la force de cet anime à première vu mineur : comme son grand frère Utena, Melody of Oblivion peut se regarder et s'apprécier à plusieurs niveaux et n'impose rien au spectateur (au contraire d'Evangelion, par exemple) : on peut tout à fait suivre l'intrigue sans s'intéresser aux messages sous jacents et inversement. L'anime est donc plaisant de bout en bout. La forme de la série n'est pas non plus étrangère à la qualité finale de Melody of Oblivion puisque, contrairement aux autres animes, les épisodes sont regroupés en " mouvement ", sorte de cycles de trois ou quatre épisodes qui possèdent leur intrigue propre et plus ou moins parallèle à l'histoire générale (les différents mouvements étant eux-mêmes espacés d'un laps de temps plus ou moins important). En plus d'être plaisante, la série s'arrange donc pour ne pas sombrer dans la répétition, fléau que connaissent beaucoup d'autres animes.
Et le premier point positif c'est, paradoxalement, la platitude de son scénario et de ses personnages. Ainsi, en simplifiant l'intrigue à l'extrême (en résumé, cela donnerait quelque chose comme : " un adolescent élu se découvre des pouvoirs pour combattre des monstres avec sa magie et sa moto super cool "), Melody of Oblivion se place directement dans le genre de l'autodérision et revendique alors tous ces clichés ; le principal défaut de la série devient alors un atout.
Les personnages sont d'ailleurs dans la même veine : le héros, Bocca, n'a rien d'intéressant, tout comme sa copine, Sayoko ; ils représentent tous les deux des types habituels d'animes poussés à l'extrême (Bocca ne pensera donc qu'à sa " mission " sans rien voir d'autre autour de lui et Sayoko, en bonne chaudasse aux gros nichons, passera les trois quarts de l'anime à se balader à moitié à poil pour ensuite se plaindre de " Bocca le pervers ") ce qui les rends alors non seulement acceptables mais également attachants. Le même principe est appliqué aux personnages secondaires (Coco, la Sailor Moon du groupe, en tête).
La marque de l'autodérision et du cliché assumé se retrouve également chez les méchants, tous plus grotesques les uns que les autres. Ceux-ci se battent dans des unités robotisées représentant des animaux ridicules, tels le poulet géant (contrôlé par l'agent " poussin de minuit "), la sourie mécanique ou le goret géant. Ajoutez à cela que toutes les méchantes (et toutes les filles de l'anime en fait) se ballade avec des fringues de pouffes aux mensurations gargantuesques, que le chef des méchant est une parodie d'Albator qui s'amuse parfois à chanter le générique de fin suffisamment faux pour vous obliger à baisser le son et que les ordres donnés aux méchants le sont via une perruche à la voix plus que désagréable et vous obtenez une belle brochette de loosers, aussi pathétiques que drôles. En un mot, donc : grotesque.
Grotesque, les combats le sont aussi. Ils sont en fait, à l'instar d'Utena, complètement anecdotiques. Ce qui importe, ce n'est pas la façon dont le méchant est battu (c'est souvent le même coup répété encore et encore) mais les relations entre les personnages ainsi que l'intrigue. Les combats ne servent souvent que de réservoir sans fin aux nombreuses références idiotes et hilarantes à d'autres animes ou mangas.

Un monstre et la fameuse mélodie de l'oubli...
Comme elle est sympa c'te mélodie !
Le grotesque, on le retrouve aussi dans le chara-design des personnages, eux-mêmes caricaturaux. Le héros est ainsi plat et sans intérêt (vous en jugerez par vous-mêmes via les photos), celle qui l'accompagne est une pouffe et les autres sont soient des beaux gosses, soient des petites japonaises sexy. Tout ça pour le plaisir des créateurs et des spectateurs, bien entendu… L'animation n'a rien d'exceptionnelle mais comme ce n'est pas la technique qui importe dans cette série, on se passera tout simplement d'en parler.
Côté musique, c'est comme pour le reste : c'est une très bonne surprise. La bande son n'est ainsi pas révolutionnaire (ce n'est pas du Yoko Kanno en même temps) mais s'intègre parfaitement au reste de la série. Elle repose en fait sur le talent d'un certain Hijiri Kuwano, violoniste de son état (qui a travaillé sur des bandes originales de jeux vidéo par le passé et qui a également fait partie des tournées de Maaya Sakamoto). L'OST comporte ainsi son lot de superbes compositions au violon, allant de la musique mélancolique aux thèmes des combats, avec notamment une superbe piste de flamenco. Les deux génériques sont, eux, assez anecdotiques.
Et vas-y que je te frotte ma flèche partout et que je chevauche de grosses motos à cornes !
(Sous ce titre, et parce que cet article est sans doute le plus décousu et bordélique que j'ai jamais écrit, je mettrais tout ce dont je n'ai pas pu parler plus haut :p !)
Comme je l'ai dit tout à l'heure, les références et l'autodérision sont nombreuses, surtout concernant les sous entendus graveleux, et tout ce qui a un rapport de près ou de loin au sexe, avec tout le côté glauque et parfois étrange que cela comporte. Les personnages féminins ont ainsi
toutes des poitrines humainement démesurées, et je ne vous raconte pas les différentes combines qu'ont trouvés les créateurs pour en rajouter ! Deux personnages féminins (Coco et Thoune) déclanchent leurs pouvoirs respectivement en embrassant leurs flèches et en les frottant contre le haut de la cuisse (je vous laisse imaginer les images que ça engendre !), sans parler des délires science-fictionnesques des épisodes de la fin, où tous les personnages doivent se dévêtir et s'enduire de gel les uns les autres… No comment… La palme revient sans doute au personnage de Coco, la Sailor Moonette, qui ne perd pas une occasion de chauffer tous les mâles qu'elle rencontre et de leur tomber dessus littéralement dans des positions plus qu'inappropriées (voire parfois morphologiquement délicates). Dans le même registre, mais en plus bizarre, nous ne ferons que citer ce passage étrange où l'on rencontre un élevage de jolies jeunes filles en bikinis, présentées comme des vaches, et qui se font traire par le fermier du coin…
Mais tout n'est pas graveleux, ridicules ou cliché dans Melody of Oblivion, non, non. Comme dans Utena, le spectateur avisé pourra déceler un autre niveau de compréhension, qui marche par interprétations où, par exemple, l'on découvre un monde livré aux mains des " Moloch " (monstre mythologique dévoreur d'enfant pour poursuivre les trop discrètes allusions à la mythologie grecque de la série), que l'on pourra tantôt assimiler à un capitalisme agressif (cf. l'importance des clients ou des touristes dans les différents mouvements, ou l'aliénation des individus dans leurs travails ou occupations), voire à un régime totalitariste (avec les réunions de la Monster Union qui rappellent le parti nazisme). Ces interprétations mériteraient d'ailleurs un second article que je ne saurais malheureusement garantir…

La grande idée des scénaristes :
il faut s'enduire de gel pour se battre dans l'espace !
Oui, mais…
Melody of Oblivion n'est que presque parfait. Alors, certes, quelques défauts viennent ternir légèrement (et je dis bien légèrement !) la série mais ils ne sont ni nombreux, ni importants. On pourra alors citer, par exemple, quelques passages " foutage de gueule ", notamment lorsque les responsables de l'animation s'amusent à remettre plusieurs fois de suite les mêmes images. Cela se comprend lors des " attaques spéciales ", où l'on se sert plusieurs fois des mêmes bobines mais c'est parfois un peu trop poussé, comme lorsque Bocca et Kurofune se lancent successivement et pendant plusieurs secondes des flèches qu'ils stoppent au dernier moment. Ici, par exemple, les mêmes images sont mises en boucles pendant près d'une minute.
L'autre défaut est à mon sens plus embêtant, il concerne le trop faible nombre d'épisodes. Alors même si vingt-quatre épisodes, ça peut paraître beaucoup, dites-vous bien que c'est bien peu comparé aux nombreuses pistes lancées par les scénaristes et qui se voient souvent expliquées ou oubliées lors des épisodes terminaux.
Ces derniers épisodes, d'ailleurs, ne plairont sans doute pas à tout le monde. On y retrouve un décalage et un n'importe quoi assumé et poussé à l'extrême assez déroutant, bien que plaisant. Attention donc, à ceux qui ont du mal avec le second degré.

La dream team au presque grand complet :
eux, ce sont les gentils de la série !
Au final donc, Melody of Oblivion est bien un anime d'exception (c'est parfois bon d'utiliser pleins de superlatifs), dans la ligné de son grand frère Utena. Je ne saurais que le conseiller à tout le monde, même si c'est le genre même de série qui ne satisfera qu'un pourcentage restreint d'anime-fans. Malheureusement, c'est également le genre de série qui risque de ne pas voir le jour chez nous même si, il est vrai, Utena et Excel Saga sont sortis sur notre sol gaulois. Je crois les doigts pour que Melody of Oblivion suivent ses illustres aînés.
Note de fin d'article : j'essaierais de me lancer dans un article de type analyse dans un futur plus ou moins lointain mais je ne promets rien !
Note 2 : J'ai "emprunté" deux images au blog très intéressant "Ame-nimation", dont voici le lien : http://animation.blogspirit.com