Dernière production en date des studios Bee Train, la diffusion de Madlax est toute récente, même au Japon ( jusqu'où ne va pas la recherche d'exclusivité de Mangas Land ^^). On doit entre autres à ces créateurs l'excellent Noir. Autant dire que cette série était sérieusement attendue au tournant, d'autant plus que le staff présent sur Madlax était, à peu de choses près, le même que celui dudit Noir.
Qu'en résulte-t-il au final ? Réflexions au dix-septième épisode…

Leticia et Poupée... Présences fantômatiques dont le rôle reste encore à expliquer...
ELDA TALUTA
Deux enfants sur ce qui semble un champ de bataille. Elle, l'air à la fois grave et affolé, une poupée serrée dans ses bras. Lui, le regard figé, refusant de prononcer un seul mot. La fillette laisse échapper quelques paroles énigmatiques en prélude à une histoire qui ne l'est pas moins…
Madlax narre en fait une multitude d'intrigues parallèles, tournant toutes autour de deux lignes directrices : la première d'entre elle narre l'arrivée puis les missions de Madlax à Gazth-Sonica, pays tropical au tourisme florissant mais déchiré par une guerre civile qui dure depuis douze ans. Madlax, malgré son jeune âge (dix-sept ans), est une tueuse hors pair. Ses motivations sont inconnues et elle n'accepte ses ordres que d'un inconnu, le mystérieux " SSS ", qui lui communique ses ordres par téléphone portable.
A l'autre bout du monde, dans le pays de Nafres (plus ou moins anagramme de France), Margaret Burton, riche héritière orpheline, fait le désespoir de sa servante Eleanor. Depuis l'accident qui a causé la mort de son père, la jeune fille semble se détacher chaque jour un peu plus de la réalité. Les choses changent lorsque Margaret retrouve un livre que lui avait confié son père, un manuscrit sans titre rédigé dans une langue inconnue et maculé de sang. Madlax et Margaret, malgré les kilomètres qui les séparent, vont bientôt se retrouver impliquée dans une affaire tournant autour d'anciens livres originaires de Gazth-Sonica, et mettant en jeu une organisation criminelle extrêmement puissante : Enfant. Un lien indirect entre les deux jeunes femmes s'établira par le biais de Vanessa, amie de Margaret et dont les enquêtes la mèneront bientôt à rencontrer Madlax.
Le synopsis de Madlax peut donc sembler assez simple pour un anime, mais se retrouve vite complexifié par la multitude des personnages évoluant autour des deux héroïnes. On retrouve en vrac Vanessa, l'inquiétant Carossur Dawn (vous parlez d'un nom banal), impliqué jusqu'au cou dans la guerre civile, Limelda, soldat aussi efficace qu'impitoyable, ou encore l'énigmatique Lady Quanzitta. Chacun de ces protagonistes apporte une pièce au puzzle de l'affaire. Mais sont-ils vraiment conscients de leurs actes ou bien de simples pions dans les mains d'Enfant ?

Madlax en plein boulot.
NOIR SAISON 2 ?
Avant toute analyse plus poussée, réglons le problème suivant : jusqu'à quel point Madlax est-il similaire à Noir ? Les trois ou quatre premiers épisodes pourraient amener à crier au scandale : on a en effet l'impression de retomber sur les mêmes personnages et les mêmes situations : la belle tueuse douée mais traumatisée par un secret très lourd, la mystérieuse amnésique, les gunfights stylisés et la mystérieuse organisation secrète. Cependant, quelques petits détails laissent à penser que l'on a pas exactement à faire à la même production : et c'est bien le cas. Là où Noir se concentrait avant tout sur le portrait de ses héroïnes, Madlax développe au contraire une intrigue beaucoup plus alambiquée, s'appuyant sur nombre de personnages qui ne sont plus uniquement des cibles vivantes. Les gunfights sont finalement assez rares (mais tout aussi jouissifs), laissant beaucoup plus de place à des " combats " d'autres genres, des dialogues au piratage informatique en passant par le close combat (scène culte d'Eleanor en costume de soubrette mettant un satyre au tapis).
Autre point pas si anecdotique que ça : il y a des hommes dans Madlax ! Si si, je vous jure, et des importants en plus ! Toutefois, Madlax reste placé sous le signe de la féminité : seuls Carossur et un autre personnage (dont je tairais le nom, autant parce qu'il est ridicule que spoiler) ont l'envergure pour se comparer aux héroïnes. On a encore une fois un bel hommage aux femmes, dans tout ce qu'elles ont de puissant mais aussi en tant que détentrices d'un savoir incommensurable, au travers de Nahal et Lady Quanzitta.
Le design de Shiba n'a pas énormément changé depuis le prédécesseur de Madlax, mais se fait toutefois moins hésitant, et plus net. En ajoutant à cela que cette série est beaucoup moins sombre que Noir (gag :p) on obtient un univers graphique qui n'est pas une simple repompe. Donc pas de crainte : passé les premiers volets de l'anime, vous verrez que vous n'avez pas affaire à du recyclage mais bien à une œuvre originale. Et voilà déjà une polémique qui a le cou tordu ^^

Margaret, rêveuse, effacée... est-elle si déconnectée du monde qu'elle apparaît ?
MADLAX : SES VILLES, SES PLAGES, SES FOUS FURIEUX
Le scénario de Madlax se déroule dans une uchronie très proche de notre univers. En fait, même si les noms des pays et de la monnaie changent (la monnaie employée est le " youl "), on reconnaît au gré de quelques plans des monuments ressemblant à la tour Eiffel, le Sacré Cœur ou la tour de Londres. Apparemment, le studio Bee Train continue à vouloir faire couleur locale mais a trouvé un moyen de contourner les problèmes de vraisemblance. Ce décor " européen " contraste fort avec les jungles luxuriantes de Gazth-Sonica. Le changement est d'autant plus brutal que les épisodes suivent un schéma qui alterne les aventures de Margaret et celles de Madlax sans grande transition. On passe donc d'un environnement à l'autre. Ce changement n'est d'ailleurs pas que visuel. Gazth-Sonica baigne toujours plus ou moins dans une violence larvée, ambiance propice à l'action et à la violence tandis que Nafres est un pays beaucoup plus policé, l'intrigue se déroulant là-bas s'apparentant beaucoup plus à une enquête policière qu'à un anime d'action.
De la même façon, les personnages de Madlax et Margaret se montrent tout à la fois opposés et complémentaires. Madlax est une femme d'action, tueuse sans le moindre état d'âme (" C'est mon travail " se contente-t-elle d'expliquer à Vanessa, choquée par sa façon d'agir), mais qui ne semble pas se poser énormément de questions. A l'opposé, Margaret apparaît souvent comme un témoin, l'action se déroulant devant elle par le biais des personnages qui l'entourent, mais cela n'empêche pas la jeune fille de chercher à dénouer les intrigues qui tournent autour de son amnésie et de son mystérieux bouquin.
Au fil de la série, l'intrigue prend un ton presque malsain. L'organisation Enfant se donne rarement la peine d'éliminer physiquement ses opposants, mais " efface " leur existence administrative et relationnelle. Un procédé déjà exploité auparavant mais qui se révèle ici diablement efficace.
En effet, si, dans Noir, les menaces avaient un nom et un visage, cela est rarement le cas dans Madlax. On ignore véritablement à qui on a affaire et les " méchants " potentiels se révèlent souvent tout autre chose que ce à quoi on s'attendait. Chaque épisode ou presque met les révélations du précédent en porte-à-faux et nous laisse la langue pendante dans l'attente du suivant. Encore une fois, cette méthode n'est pas vraiment nouvelle mais pour peu que l'on rentre dans l'univers, chose aisée, on est vite sous le charme.

Vanessa se montrera aussi protectrice envers Margaret qu'envers Madlax au gré de son enquête.
BEAUTIFUL…
L'apect esthétique de Madlax est l'une des grandes réussites de l'œuvre. Comme on l'a vu, le design est une réussite : la simplicité du trait confère un dynamisme qui est un pilier de la série. A l'inverse d'une série comme Witch Hunter Robin par exemple, dont l'intérêt graphique résidait dans la grande beauté de ses dessins, ici, c'est le côté nerveux, en mouvement qui est mis en exergue, et de bien belle façon il faut le dire. Toutefois, certaines scènes trahissent un souci de l'esthétisation du dessin en tant que tel : Madlax se retrouve souvent revêtue d'une robe lors des scènes d'action. L'efficacité du procédé " ange de la mort " n'est plus à démontrer et s'avère encore une fois une réussite.
Tout cela est soutenu par la musique d'une compositrice aussi en vogue que polémiquée : Yuki Kajiura. On retrouve dans cette OST les éléments chers à la jeune femme : chœurs, rythmes techno, cordes… Toutefois, l'impression qui s'en dégage est celle d'une modernité plus prononcée que dans Noir ou .hack//sign. En fait, la grande réussite de Kaijura dans cette production se situe moins dans les morceaux accompagnant les événements importants (quoique le thème de combat, Nowhere, soit plutôt réussi), que dans les musiques de fond. Les thèmes de personnages en particulier son très réussis, et sortent un peu de ce que la compositrice à l'habitude de nous proposer. Comme à l'habitude, Yuiki Kaijura n'a cependant pas son pareil pour insuffler une ambiance bien précise à un événement, et ce talent se trouve encore une fois confirmé dans Madlax.
La réalisation technique de la série ne souffre donc presque aucun reproche, tant au niveau de l'animation que du graphisme et de la musique, chose assez rare actuellement pour être soulignée et applaudie.

Dans ses missions comme dans la vie, Madlax ne peut se départir de son sens de la mise en scène...
Madlax se révèle donc, à mon avis, à la hauteur des espérances que l'on pouvait placer en cette série. Nous n'assistons pas à un tournant dans le monde de l'animation, mais il serait injuste de la voir comme un simple anime de plus. Madlax est une production de qualité, tant au niveau technique que celui du scénario. Beaucoup de thèmes tartes à la crème dans ces histoires - la violence, le fait de tuer, de se sentir manipulé - ont été traités avec une intelligence et une sensibilité rare dans le monde de l'animation nippone. Bee Train résiste à la tentation d'en faire trop et double donc une histoire complexe mais bien menée de réflexions qui ne font pas trop cliché.
Si cette qualité se maintient durant les épisodes à venir, Bee Train aura héroïquement montré qu'il n'est pas que le studio Noir… mais aussi qu'ils restent les maîtres incontestés des histoires tragiques pleines de jolies filles et de coups de feu…