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Jin Roh Conte cruel...
Mis en ligne le 13/09/2003
Par Jalk
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- Une fois dans le lit, à la vue du corps de sa Mère, la fillette s'étonna :
" Oh ! Mère, ces grands ongles que vous avez ! "
" C'est de vieillesse ma mie, de vieillesse. "
" Mère que vous avez de grande dents ! "
" C'est pour te manger, ma mie. "
Et le loup dévora l'enfant.
- Version orale du Petit Chaperon Rouge recensée en 1870 par Jean-Baptiste Victor Smith.
Il est des longs-métrages de l'animation japonaise qui, bien plus que les séries contribuent à la démocratisation de l'animation nipponne. Il faut reconnaître que, de Princesse Mononoke à Perfect Blue, ces succès sont bien souvent justifiés.
A la liste de ces désormais monstres sacrés, il faut également ajouter une œuvre crépusculaire et splendide, un conte d'une cruauté et d'une beauté incroyable, je veux bien entendu parler de Jin-Roh. Ce film de Mamoru Oshii (nd Menear : Scénarisé par Oshii, réalisé par Okiura), sorti en 1999 réussit l'exploit d'être tout à la fois classique et novateur, brassant des thèmes qui ont filé les récits de toutes les civilisations avec une griffe très personnelle.
Alors entrons sans plus tarder dans cette énième version du conflit entre l'homme et l'animal…
SUR LE CHEMIN DES AIGUILLES…
Le Japon, dans les années 1960. Le pays vient à peine de panser les plaies qui se sont ouvertes pendant la 2e Guerre Mondiale. Toutefois, si les villes semblent être reconstruites, ce n'est pas le cas des mentalités. En pleine crise économique, le Japon voit les partis d'opposition se multiplier. Se sentant menacé, le gouvernement décide de les interdire. Ceux-ci se reforment presque aussitôt au sein d'un mouvement clandestin appelé " La Secte ". Cette organisation conteste le pouvoir en place par la voie des armes, et Tokyo se transforme très vite en champ de bataille entre rebelles et forces de police. Les dirigeant japonais craignent toutefois que la police régulière ne prennent trop de pouvoir dans ces temps troublés et met en place une force spéciale indépendante, la POSEM (Police de Sécurité Métropolitaine). Cette mini-armée gouvernementale, très lourdement armée, montre aussitôt son efficacité en réprimant de nombreuses poussées de violence par la voie de la violence. La POSEM compte particulièrement sur l'Unité Panzer, des soldats possédant l'armement le plus perfectionné qui soit et entraînés pour devenir de véritables machines à tuer.
L'histoire débute un soir d'émeute. Les manifestants, plus violents que jamais, sont soutenus par les forces de la Secte. Discrètement, une jeune fille vêtue d'un manteau rouge fait passer diverses armes et bombes de mains en mains. Elle fait partie des Chaperons Rouges, des femmes et des enfants choisis par la Secte en raison de leur aspect inoffensif pour transporter diverses armes. Les choses tournent mal pour la jeune fille lorsqu'elle et ses compagnons se retrouvent poursuivis par un détachement de l'unité Panzer. Seule survivante, elle choisi de se tuer en faisant exploser la bombe qu'elle porte sur elle. Devant l'un des Panzer, Kazuki Fusé, qui, étrangement, ne fait pas un geste pour l'en empêcher. A la suite de cet événement, Fusé, apparemment marqué par l'incident, fait la connaissance de Kei, la sœur de la jeune morte. Cette rencontre marque le début d'événements obscurs, Fusé se rendant vite compte que le gouvernement à pour objectif d'éliminer l'unité Panzer, devenue trop dangereuse à ses yeux. Mais surtout, Kei va amener Fusé à se poser cette question, d'apparence simple, mais en réalité si complexe : en entrant dans la POSEM, qu'est-il devenu ?
TOUT A LA MAIN
Premier constat que l'on fait en découvrant Jin-Roh : c'est beau, très beau. Et pour cause : tout le dessin animé est composé de celluloïds peints à la main. D'où une délicatesse très grande du trait. Rarement animation a été plus fidèle aux expressions humaines. Marquées sans jamais sombrer dans la caricature, elles donnent aux personnages un caractère propre. Ceux-ci sont d'ailleurs remarquablement animés, les mouvement ou les démarches étant parfaitement rendus, ce qui sert le récit à merveille. En témoigne cette scène en apparence mineure ou Fusé recouvre les épaules de Kei de son manteau et où celle-ci retient un instant sa main. Petit détail qui a son importance. Les personnages de l'histoire ont véritablement des traits japonais, chose assez peu courante (non ?) dans le monde de l'anime nippon.
Les décors dépeignent un Tokyo d'après-guerre très convaincant, avec ce patchwork de ruines et de constructions neuves, instaurant une ambiance pesante, surtout dans les scènes nocturnes. Les moments de " clarté " sont finalement assez peu nombreux dans ce film, ce qui les rend d'autant plus fragiles, tels ceux ou Kei et Nanami apparaissent ou encore les quelques scènes dans ce parc d'attraction aérien. Si les couleurs sont douces, elles ne basculent jamais dans le " fade " et le rouge du sang, comme celui du manteau des Chaperons Rouges n'apparaît ainsi que plus nettement.
Pas de film sans musique, bien entendu et, une fois de plus, Jin-Roh fait mouche. Hajime Mizoguchi (M. Yoko Kanno ^^) a composé pour cet anime une BO de très grande qualité, tout à la fois pleine d'émotion et de retenue, comme si les sentiments n'avaient pas leur place dans cet univers crépusculaire. Mention spéciale au générique de fin interprété justement par ladite Yoko Kanno. Mais bon, je n'en dirais pas plus, je ne tiens pas à déflorer un article en cours de préparation (n'est-ce pas Menear ? ;))
Le seul reproche esthétique que je ferais est peut-être la trop grande violence graphique des scènes d'action. Le film porte déjà en lui-même une brutalité énorme (voir le paragraphe suivant) et il n'était peut-être pas nécessaire de montrer les rebelles déchiquetés, mis à part dans la scène du rêve du héros, bien sûr.
NOIR C'EST NOIR…
Car Jin-Roh, c'est cela, à n'en pas douter. Un film glauque, désespéré, crépusculaire. Cependant, le spectateur n'est pas pris en traître. A l'instar de toutes les grandes tragédies, l'histoire fait très vite comprendre que les personnages n'ont pas véritablement d'échappatoire. Cela est d'autant plus désespérant que nul n'est à blâmer pour la façon dont les choses tournent. Si le récit se structure autour de plusieurs complots croisés, chacune des forces en présence ne cherche qu'à défendre ses intérêts, qui sont tous parfaitement justifiables. Preuve en est : dans Jin-Roh, pas de méchant charismatique, et pas de véritable gentil non plus. Le scénario s'attarde trop sur le côté inquiétant de Fusé pour en faire un héros. Il en est de même pour Kei. Non. Une fois de plus les personnages sont des êtres attirés malgré eux dans une spirale qui menace de tous les détruire.
Mais plus qu'un conflit entre différents antagonistes, l'œuvre d'Oshii raconte une série de combats intérieurs. Celui de Fusé, bien sûr, pris entre ses instincts de " loup " et les sentiments qu'il se découvre pour les autres, mais aussi celui de Kei, déchirée entre son devoir et la passion qui la consume ou même, à un autre niveau, les supérieurs hiérarchiques de Fusé.
Un scénario très noir donc, mais dont le désespoir est transfiguré par l'histoire d'amour que vivent les deux héros (et, que, au passage, Oshii considérait comme prenant trop de place dans l'anime… tss tss tss ^^). Ladite histoire d'amour renforce d'autant plu le côté tragique de Jin-Roh. En effet, on sent bien que l'idylle de Fusé et de Kei est amenée à échouer pour de nombreuses raisons, aussi inexpugnables que le destin.
Sans vouloir gâcher la surprise à ceux qui n'auraient pas encore vu l'anime, il est certain que la conclusion de Jin-Roh va dans le sens du désespoir et conclue que nul n'échappe à son destin, que ce soit le loup ou le petit Chaperon Rouge. Toutefois, au-delà de ce pessimisme, on peut peut-être y discerner un éloge à l'humanité et à l'espoir. Même si cela semble impossible, rester fidèle à son humanité, quitte à se sacrifier, est ce qui permet des instants de bonheur et de douceur éphémère. Comme je l'ai dit, la violence est très présente dans l'anime, que ce soit au point de vue visuel ou bien mental, mais les rares instants de douceurs planent à des coudées au-dessus de ces êtres qui se déchirent les uns les autres.
C'EST POUR MIEUX TE REJOUIR, MON ENFANT
Ainsi, c'est sans hésiter que je classe Jin-Roh dans la catégorie des très grands de l'anime. Pour accéder au rang de chef d'œuvre, il lui manque peut-être un tout petit peu plus de ces moments intimes entre les personnages, ces scènes muettes qui, en contraste avec les moments d'action, donnent au film cette atmosphère si particulière. Mais peut-être suis-je trop difficile. Servi par une réalisation technique impeccable, tant au niveau visuel qu'auditif, doté d'une histoire simple et belle, Jin-Roh parvient, sans jamais briser le rythme du récit, à rendre la multitude de protagonistes présents extrêmement attachants, dans leurs moments héroïques comme dans leurs faiblesses.
C'est donc sans hésitation que je recommande cette version moderne du Petit Chaperon Rouge à tout fan d'anime (attention toutefois aux plus jeunes), qui découvrira une production tout à la fois classique et novatrice, dans un monde cruellement réaliste… et si c'était le notre ?
Jalk
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