Série assez récente, Haibane Renmei est l'œuvre de Yoshitoshi Abe, connu en particulier pour son travail sur Lain et sur Niae7. N'ayant encore jamais côtoyé son univers, je me suis penché sur Haibane Renmei avec une grande curiosité. Et j'ai découvert au fil des 13 épisodes qui constituent cette petite série un univers totalement nouveau et étrange. Pas vraiment de quête échevelée, de complots démoniaques ou même de véritables méchants. C'est l'histoire de gens avec des ailes dans le dos, c'est l'histoire d'une petite fille qui voulait aider les autres, c'est l'histoire d'une rédemption.
Haibane Renmei offre au spectateur un mélange doux-amer, dans un univers qui, s'il est fantastique, n'en reste pas moins extrêmement réaliste, et fait d'avantage la part belle aux rapports humains plutôt qu'à l'aventure proprement dite. Ces anges-là n'ont rien de ceux d'Angel Sanctuary. Ici, pas de conflits pour le pouvoir ou la domination, simplement la vie quotidienne de gens, avec ses malheurs et ses bonheurs…
(NB : je n'ai hélas pas pur voir les épisodes 8 et 9 de la série, ce qui peut expliquer certaines erreurs ou imprécisions de ma part. Si c'est le cas, merci de me les signaler =))
TOMBEE DU CIEL
Une petite fille est en train de tomber. Qui est-elle, que fait-elle là, nul n'en sait rien, à commencer par elle. Un corbeau tente de la retenir par sa chemise de nuit. Rien à faire, la petite continue à plonger, inexorablement. Au même moment une jeune femme, Reki, en explorant les couloirs du dortoir délabré où elle habite, tombe sur un gigantesque cocon. Toute excitée, elle se rend compte que celui-ci va bientôt éclore. Effectivement, la petite fille reprend ses esprits dans le cocon et brise celui-ci. Elle se retrouve entourée de jeunes gens d'à peu près son âge. Tous ont des ailes dans le dos et une auréole sur la tête. Auréole que l'on ne tarde pas à lui fixer manu militari sur le crâne, tandis que des ailes se déploient dans le dos de cette inconnue. Totalement désorientée, celle-ci apprend qu'elle se trouve dans une communauté de " Haibane ". Personne ne sait pourquoi ils se retrouvent ici, pas plus qu'ils n'ont un souvenir de leur passé. Comme c'est la tradition, la nouvelle venue est nommée d'après le rêve qu'elle a fait avant de se retrouver dans le cocon. Reki la baptise donc Rakka (tomber en japonais). Rakka ne va pas tarder à découvrir que le monde dans lequel elle est apparue obéit à des règles très particulières. Elle se trouve au sein d'un vaste territoire cerné par un gigantesque mur qu'il est strictement interdit de franchir. La vie des Haibane est plus ou moins encadrée par la Haibane Renmei, sorte de communauté religieuse. Un Haibane se doit de travailler à la seule ville que comporte l'enceinte du mur. Entourée de ses nouveaux amis, Rakka va découvrir leur vie, et tenter d'en apprendre plus sur son existence en tant que Haibane. Un voyage initiatique qui ne sera pas sans conséquences pour son entourage et en particulier sa protectrice, Reki.
VOUS LES COPAINS…
Il y a finalement assez peu de personnages importants dans Haibane Renmei et tous gravitent autour de Rakka. Ils vivent avec elle dans la " Old Home ", une grande école en ruine. Une autre communauté de Haibane semble exister au sud de la ville mais Rakka se rend vite compte de l'inimité qui existe entre les deux groupes.
(J'ai indiqué entre parenthèses la signification du nom des personnages, je ne garantie pas son exactitude, je ne connais pas le japonais ^^ ; ; ;)
- Rakka (" tomber ") :
C'est en quelque sorte l'héroïne de l'histoire (et également la sœur jumelle de Lain ^_^). Extrêmement naïve et un rien pleurnicharde, elle s'accoutume cependant assez vite à sa nouvelle vie, surtout du fait qu'elle a perdu ses souvenirs antérieurs à son état de Haibane (elle est d'ailleurs la seule à essayer de les retrouver de temps à autre). Elle est extrêmement attaché à ses amis, et en particulier à Reki. A travers elle, le spectateur découvre un univers assez particulier. En effet, la ville où évoluent les personnages a tous les aspects d'une cité de la fin de la révolution industrielle. Les Haibane sont, comme le découvre vite Rakka, très bien intégrés à la société. Sensible et compréhensive, la jeune fille va tout faire pour aider sa nouvelle famille.
- Reki (" pierre ") :
C'est un personnage aussi important, sinon plus, que Rakka. Elle est en quelque sorte la mère du petit groupe de Haibane qui vit dans la Old Home et s'occupe également de l'éducation des Haibane les plus jeunes. Toujours souriante et prête à rendre service, elle en apprend beaucoup à Rakka, et ce dans tous les domaines. Cependant, la jeune femme semble cacher un lourd passé. C'est apparemment à cause d'une dispute qu'elle a eu avec les membre de la Factory (l'autre communauté de Haibane) que les deux groupes ne se parlent plus. D'autre part, parler du rêve qu'elle-même a fait dans son cocon semble la mettre dans un état de profond malaise, malaise qu'elle exprime au travers de ses tableaux. Malgré tout, elle reste bonne vivante (prenant parfois des allures de Misato dans Evangelion) et veille sur ceux qu'elle aime avec un grand dévouement.
- Nemu (" dormir ") :
Avec Reki, c'est la plus âgée des amies de Rakka. Nemu et Reki se connaissent depuis toujours et semblent très proches. Dans la vie, Nemu est quelqu'un de très débonnaire, sous des dehors parfois ronchons, et dont la plus grande joie consiste, comme son nom l'indique, à dormir. Elle travaille dans une bibliothèque et semble dotée d'un joli brin de plume. Bien qu'elle ne le montre pas, elle se fait beaucoup de souci pour Reki, sans oser lui proposer son aide…
- Hikari (" lumière ") :
La binoclarde de l'équipe est une jeune boulangère assez exubérante, qui va immédiatement remonter le moral de Rakka par son enthousiasme. Elle déborde d'idées pour le moins farfelues (par exemple, utiliser la " poêle à auréoles " pour créer une nouvelle pâtisserie) mais reste néanmoins une personne solide qui a la tête sur les épaules. Elle est la première à se rapprocher vraiment de Rakka après Reki et à lui expliquer les règles de la Haibane Renmei.
- Kuu (" ciel ") :
C'est la plus petite du groupe, et, en tant que telle, elle est couvée par tout le monde. Malgré son jeune âge, elle considère Rakka comme sa petite sœur et s'attache beaucoup à elle. Assez étrangement, Kuu apparaît comme quelqu'un de très mature, qui va occuper une place à part dans le cœur de Rakka.
- Kana (" nager ") :
Comme dans tout anime qui se respecte, Kana occupe le rôle de la tête brulée. Cette jeune fille éprouve une forte attirance pour les machines (ce qui explique qu'elle travaille chez un horloger). Elle tente de réparer la cloche abandonnée dans la cour de la Old Home avec passion. Elle entretient des rapports très conflictuels avec son patron, mais ceux-ci s'apparentent moins à une dispute entre chef et employé qu'entre un père et sa fille en crise d'adolescence…
OU SUIS-JE, QUI SUIS-JE, DANS QUEL ETAT J'ERRE ?
Si Rakka se retrouve complètement désorientée dans son nouveau monde, elle le reste sûrement moins longtemps que le spectateur lui-même. En effet, jusqu'au dernier épisode, on se demande où Haibane Renmei veut nous mener. L'univers, curieux mélange de ces êtres ailés et d'un paysage de début 20e siècle (avec en plus des motos), brouille absolument tout les repères. La mystérieuse compagnie qui s'occupe du bien-être des Haibane complique encore la donne. Finalement, où l'histoire va-t-elle ? La trame narrative semble se dérouler un peu ça et là, sans grande cohésion. Même la fin laisse un nombre très important de questions sans réponse. Mais finalement, on se demande si c'est bien cet univers complètement nouveau qui est important. Tout comme Rakka, le scénariste semble nous demander de quitter un peu notre siège de spectateur et d'accepter les choses comme elle sont. Apparemment, on ne saura jamais pourquoi certains êtres renaissent Haibane, ni où se trouve cette mystérieuse citée entourée d'un mur infranchissable. Mais quelle importance ? L'intrigue se focalise sur des personnages, leur caractère, leurs habitudes et leurs faiblesses. En découvrant la profession de chacun des personnages, Rakka en apprend un peu plus sur eux, et de là sur elle-même. Même l'inquiétante Haibane Renmei se révèle pour elle un lieu d'apprentissage. Toutefois, il ne s'agit pas de voir dans cette série un anime gentiment moralisateur, et c'est là la grande réussite de Yoshitoshi. Rakka ne devient pas forcément plus forte où " meilleure " (et d'ailleurs, qu'est-ce que cela voudrait dire ?). Elle vit, tout simplement, avec ses erreurs et ses prouesses, comme tout le monde.
Il ne faudrait cependant pas en conclure qu'Haibane Renmei ne comporte aucun suspens, cela est loin d'être le cas. Mais c'est encore une fois dans les personnages plutôt que dans l'intrigue qu'il faut aller les chercher. L'extrême soin apporté à leur design et à leur animation rend d'ailleurs cette démarche évidente. Mais alors, pourquoi des anges, dans ce cas ? Au quoi rime ce halo et ces ailes ? Eh bien peut-être est-ce du fait que le thème du pardon et de la rédemption file l'ensemble de l'œuvre, et c'est peut-être le seul axe directeur que l'on puisse trouver dans la série. Haibane Renmei se fait un hymne à la générosité, sans toutefois sombrer dans le simplisme. Il ne s'agit pas d'être un altruiste complet pour être un " bon Haibane " (la distinction entre bon et mauvais Haibane prend de plus en plus d'importance au fil du temps). L'entente et l'interaction entre les gens est essentiel, tant pour les aider que pour se faire soi-même pardonner. Les Haibane ne sont peut-être que des échantillons de l'humanité placés sous l'œil du spectateur. Lesquels parviendront à franchir le mur, et donc, symboliquement, à se délivrer de leurs propres tourments intérieurs ? Cependant, à l'inverse d'Evangelion, cette introspection est très rarement violente. Cela est souligné par les tons très doux de l'anime (mais jamais ternes, loin de là) : Rakka cherche et se cherche, doucement, et l'on peut prendre un grand plaisir à en découvrir de plus en plus avec elle. Il semble que la série reprenne ce qui a été le leitmotiv de Lain : Everybody is connected…
DREAM A LITTLE DREAM OF ME
J'ai vu l'ultime épisode d'Haibane Renmei il y a très peu de temps. Et je dois avoué avoir pris une grosse claque. Malgré mes appréhensions du début, je n'ai jamais eu l'impression de m'ennuyer, en particulier du fait de cet incertitude dans laquelle on est plongé pendant une grande partie de l'anime, à se demander où le réalisateur est en train de nous conduire. De plus, l'attrait esthétique est loin d'être négligeable : personnage parfaitement rendu, dans le style si particulier de Yoshitoshi Abe, décors qui se contemplent comme un tableau et surtout la bande-son, chef d'œuvre de délicatesse et de retenue : des mélodies très simples accompagnent les différents tableaux de l'apprentissage et de l'accomplissement des deux héroïnes, Rakka et Reki, auxquelles on s'attache très rapidement.
Même s'il s'agit d'une réaction " à chaud " sur cet anime, je dois tout de même dire que j'ai été absolument séduit. Beau et sobre, invitant à la réflexion tout en restant très simple et passionnant, Haibane Renmei constitue plus qu'une pause entre deux animes d'action : c'est une œuvre précieuse et délicate qui, à mon avis, mérite plusieurs visionnages pour pleinement l'apprécier. Les points faibles sont assez peu nombreux, si ce n'est le doublage de Rakka que j'ai trouvé assez agaçant et quelques séquences qui s'étirent parfois sans réel intérêt. Toutefois, ces défauts mineurs n'entachent en rien mon impression, Haibane Renmei est un petit bijou, à découvrir au plus vite.